9 croyances fausses sur le tarot de Marseille que l’histoire démonte
mars 1, 2026
Claire Duval
Je suis autrice de tarots, oracles, Petit Lenormand et passionnée de cartomancie. Je partage avec vous mon travail et ma passion.
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Le tarot de Marseille fascine, inspire, et… alimente des légendes tenaces. Entre mythes fondateurs, inventions occultistes et simplifications commerciales, l’histoire réelle de ce jeu de cartes est tout aussi étonnante !
Voici neuf idées reçues que les historiens spécialisés, comme Thierry Depaulis, Michael Dummett et Isabelle Nadolny, ont largement démystifiées.
« Le tarot vient de Marseille »
C’est sans doute la croyance la plus répandue, et l’une des plus fausses : Marseille ne fabrique des cartes à jouer que depuis 1630 au plus tôt. Les recherches des historiens établissent que le tarot a été inventé en Italie du Nord au XVe siècle, probablement dans la région de Milan, avant d’être introduit en France lors des conquêtes militaires de Charles VIII (1494) et Louis XII (1499).
Le plus ancien jeu dit « de Marseille » connu et conservé est celui de Phillipe Vachier et il a été découvert lors d’une vente aux enchères en… 2025 ! Il a été fabriqué à Marseille en 1639. Quant au terme « tarot de Marseille », il n’apparaît qu’au XIXe siècle et a été popularisé par les occultistes.
« Le tarot a été créé pour faire de la divination »
Toutes les sources historiques sérieuses s’accordent sur ce point : le tarot n’était pas différent des autres jeux de cartes. Thierry Depaulis, dans le catalogue de l’exposition Tarot, Jeu et Magie à la Bibliothèque Nationale, soulignait que la première découverte historique est « l’omniprésence de l’aspect ludique, qu’attestent toutes les sources anciennes consultées ».
Michael Dummett a établi que l’usage divinatoire du tarot ne fait son apparition qu’à la fin du XVIIIe siècle, avec Antoine Court de Gébelin et le comte de Mellet. La divination par le tarot est une invention tardive, non une vocation originelle.
« Il existe un tarot de Marseille « authentique » et unique »
La notion d’un tarot de Marseille originel, pur et canonique, est une construction moderne. Thierry Depaulis a démontré qu’il existe au moins deux variantes distinctes du type dit « de Marseille », qu’il nomme Type I et Type II, avec des différences notables sur plusieurs lames.
Au fil des siècles, des dizaines de cartiers différents ont produit leur version : Jean Noblet, Pierre Madenié, Jean Dodal, Nicolas Conver, Claude Burdel, Jean Jerger… Chacun présentait des variations graphiques significatives.
Ce qui s’est imposé comme « le » tarot de Marseille au XXe siècle, c’est l’Ancien Tarot de Marseille publié en 1930 par Paul Marteau chez Grimaud, un jeu remanié, aux couleurs standardisées, qui intègre des éléments de plusieurs traditions antérieures. C’est le fruit d’une construction commerciale et éditoriale, nullement la résurgence d’un archétype immuable.
« L’Église a interdit le tarot parce qu’il était divinatoire »
C’est une confusion fréquente. Les interdictions ecclésiastiques et civiles qui ont frappé les jeux de cartes au Moyen Âge et au début de la Renaissance visaient essentiellement les jeux de hasard et d’argent, non des pratiques divinatoires. L’Église condamnait le jeu pour ses conséquences sociales, ruine des familles, bagarres, oisiveté, et parce que le hasard semblait défier la Providence divine.
Comme le rappelle l’historienne Isabelle Nadolny dans Histoire du Tarot. Origines – Iconographie – Symbolisme, les condamnations de l’époque concernaient le jeu en tant que tel, pas l’usage divinatoire des cartes, qui n’était pas encore systématisé. Thierry Depaulis note également que les condamnations spécifiques visant le tarot sont extrêmement rares.
« Le tarot vient de l’Égypte ancienne »
Cette idée, parmi les plus romantiques, est aussi parmi les mieux documentées comme étant fausse. Elle naît en 1781 dans l’ouvrage Le Monde primitif d’Antoine Court de Gébelin, qui affirme sans preuve que le tarot est la survivance du mythique Livre de Thoth, le livre sacré des prêtres égyptiens.
Cette théorie est formulée à une époque où l’égyptomanie est en plein essor en Europe, et elle sera reprise avec enthousiasme par Etteilla, Éliphas Lévi, Papus et Aleister Crowley. Mais elle ne repose sur aucun document historique. Michael Dummett a établi que la prétention à une origine égyptienne est entièrement fictive. Les recherches archéologiques et historiques situent sans ambiguïté la naissance du tarot en Europe, dans l’Italie de la Renaissance.
« Le tarot de Marseille est l’ancêtre de tous les tarots »
L’affirmation selon laquelle le tarot de Marseille serait « le tarot originel » dont tous les autres dériveraient est trop simple. Dummett a montré qu’en Italie, dès les premières décennies de diffusion du jeu, trois branches distinctes s’étaient constituées, caractérisées par des ordres d’atouts différents selon les régions :
Première branche historique du tarot italien.
Deuxième branche avec un ordre d’atouts distinct.
Branche dont dérive le tarot dit « de Marseille ».
Le tarot dit « de Marseille » se rattache à la branche milanaise — c’est une branche parmi d’autres, pas la source originelle de toutes les traditions. D’autres jeux, comme le Minchiate florentin avec ses 41 atouts, ont existé parallèlement sans jamais « descendre » du modèle marseillais.
« Les symboles du tarot ont une signification ésotérique codée depuis l’origine »
L’idée que les images du tarot constituent un système symbolique hermétique, intentionnellement codé par des initiés, est une projection rétrospective des occultistes du XIXe siècle. Les historiens de l’art s’accordent à reconnaître que les images des atouts appartiennent au répertoire iconographique ordinaire de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance italienne : allégories des vertus, figures de la cosmologie médiévale, représentations des états sociaux. Ces images ornaient également des fresques et des tapisseries.
La connexion entre le tarot et la Kabbale, l’alchimie ou l’astrologie est l’œuvre d’Éliphas Lévi (1856) et des sociétés occultes de la fin du XIXe siècle comme la Golden Dawn. Elle est brillante comme construction intellectuelle, mais n’a rien à voir avec l’intention des cartiers du XVe siècle.
« Les Bohémiens ont apporté le tarot en Europe »
La légende associant les bohémiens à l’introduction du tarot en Europe est populaire mais n’a aucun fondement documentaire. Elle est formulée explicitement pour la première fois par Papus (Gérard Encausse) en 1889 dans son Tarot des Bohémiens, reprise ensuite abondamment.
Or les premières mentions historiques des cartes de tarot en Europe précèdent ou sont contemporaines des premières grandes vagues de migration rom sur le continent. Aucune source ancienne ne lie les deux phénomènes. Cette association est une invention romantique du XIXe siècle, destinée à conférer au tarot un prestige d’exotisme et de mystère.
« Le nom « tarot de Marseille » date du Moyen Âge »
Le terme « tarot de Marseille » est récent. Il n’est attesté que dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous la plume d’occultistes et de collectionneurs. Ces derniers cherchent alors à unifier sous une même étiquette des jeux de types graphiques variés produits historiquement dans plusieurs villes.
La dénomination est adoptée commercialement au XXe siècle, notamment avec le succès de l’édition Grimaud de 1930. Autrement dit, le « tarot de Marseille » comme catégorie définie n’existe pas avant le XIXe siècle et le terme est lui-même le produit d’une reconstruction a posteriori par le milieu occultiste, non d’une désignation contemporaine des cartiers qui le fabriquaient.
En guise de conclusion
L’histoire réelle du tarot de Marseille n’est pas moins fascinante que ses légendes, elle l’est peut-être davantage. C’est l’histoire d’un jeu de cartes né dans les cours italiennes de la Renaissance, voyageur, transformé par des artisans cartiers, et récupéré cinq siècles plus tard par des romantiques, des mystiques et des psychologues pour en faire un outil d’introspection universel.
Comprendre ce que le tarot n’est pas historiquement, c’est se donner les moyens de mieux comprendre ce qu’il est devenu et pourquoi il continue, malgré tout, de nous parler.
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